Au milieu des années 1990, le succès retentissant de rappeurs provocateurs et revendicatifs issus des banlieues, dans lesquelles ils officient depuis des années, est l'occasion d'un débat sur les conditions de vie dans cet environnement. Le coup de projecteur médiatique n'apporte malheureusement aucune solution et l'échange entre les banlieues représentées par les rappeurs et la classe politique tourne au dialogue de sourds, comme lors d'une émission télévisée durant laquelle le député RPR Éric Raoult demande au groupe NTM combien de « thunes » ils ont réinvesti dans leur quartier. Le mouvement hip-hop est profondément ancré dans ce milieu social et le rap est la première expression musicale qui en est issue. Son succès provoque un véritable phénomène de société : la jeunesse des banlieues redécouvre le plaisir de jouer avec la langue de manipuler les mots, les sons et les sens. Le rap devient une porte vers la réussite et la célébrité.
La médiatisation continue avec par exemple l'émission Rapline sur M6 et l'apparition de magazines spécialisés. Le rap commence à vendre et devient plus dansant avec des groupes comme Alliance Ethnik,ou Ménélik. Les textes ont un contenu social moins marqué et donc plus acceptable par le « grand public ». Ainsi, avec le premier album de MC Solaar, qui offre une image plus douce et plus poétique au rap, le courant obtient une reconnaissance critique et populaire et certains n'hésitent pas à évoquer l'influence d'artistes respectés tels que Serge Gainsbourg.
Le rap hardcore survit avec une musique plus violente et des textes décrivant le vécu des jeunes de banlieue avec des groupes comme le Ministère A.M.E.R. et Tout simplement noir . Celui-ci apparaît au grand public à l'occasion de l'« affaire NTM » (cf. rap et justice ci-dessous).
Le rap connaît alors un nouvel engouement auprès du grand public et de nouveaux groupes apparaissent comme Arsenik, la Fonky Family ou Ménage à 3.
Succès commercial et médiatisation
À la fin des années 1990, le rap devient un courant musical majeur en France notamment grâce à la médiatisation assurée par la radio Skyrock qui en fera sa spécialité. Dès 1992, MC Solaar remporte la victoire de la musique du meilleur groupe de l'année ; en 1998, IAM gagne celle du meilleur album de l'année avec L'École du micro d'argent, et, dès l'année suivante, une catégorie « album rap ou groove » est créée. Beaucoup d'argent est en jeu et on assiste à l'apparition d'un rap business tout comme aux États-Unis. Toutefois un style proprement français se développe qui se détache du modèle américain. La France devient la deuxième scène mondiale de rap. Certains médias deviennent le passage obligé pour lancer un album, accentuant de ce fait selon certains une sorte de formatage dans les rythmes et sonorités autant que dans les paroles.
En marge de cette médiatisation, des rappeurs aux textes conscients et parfois révolutionnaires sortent des albums, notamment à travers le collectif Time Bomb créé en 1995 par DJ Mars et DJ Sek, autour de Ali et Booba (LUNATIC), Oxmo Puccino, Hi-Fi, ou encore les X Men (Ill et Cassidy). Aujourd'hui, une question se pose sur le rap français: dépendence ou indépendance?, "ça fait vingt ans que ça dure et ce n'est pas pret de s'arreter...".[1]
Les thématiques du rap français
Même s'il est fréquent que les artistes évoluent d'un « genre » à l'autre (en général dans le sens d'un apaisement du propos), voire mélangent les « styles » au sein d'un même album, y dévoilant une certaine richesse et hétérogénéité, dès le début des années 1990 on peut distinguer quelques "constantes" dans le rap français.
Le rap conscient
Article détaillé : Rap conscient.
Chronique de la vie sociale, cet aspect du mouvement tend à dénoncer ce que ses interprètes perçoivent comme des injustices tout en responsabilisant son public. Se considérant comme des porte-voix des groupes sociaux-culturels dont ils sont issus, ils s'adressent à tous. Ces artistes abordent des thèmes pouvant être très vastes (oppression, écologie, injustice, racisme, immigration, émergence de l'extrême droite, problèmes d'identité...) se rapprochant par là de la devise aux sources du Hip-Hop : Peace, Love, Unity...and Having Fun. Les rappeurs phares de ce style sont Assassin, Rockin' Squat, NTM, IAM, MC Solaar, Rocé ... D'autres nouveaux groupes émergent dans cette mouvance musicale Il ne faut pas sous-estimer l'importance de certains rappeurs dans l'évolution de la société française au sujet de certains sujets sensibles, voire quasiment tabous avant les années 1990, comme le passé esclavagiste et/ou colonisateur de la France.
Notons d'ailleurs que certains groupes, du fait de cette prise de distance d'avec la France, revendiquent l'appellation "rap de fils d'immigrés", la préférant à celle de "rap français", vécue par eux comme une récupération de leur talent artistique par un pays dont ils n'ont de cesse de dénoncer l'hypocrisie. Sont notamment dans ce cas La Rumeur, Casey, Anfalsh...
Le rap hardcore
Article détaillé : Rap hardcore.
Plus cru au niveau des textes qui évoquent le vécu des "jeunes de banlieue", ou le rejet des valeurs établies, le rap hardcore est assez peu présent dans les grandes maisons de disques et se développe plutôt sous la forme de "mixtapes" ou de "street-albums" enregistrées dans des studios indépendants.
Très critique et revendicatif, il rejette le système social et économique avec des propos parfois extrêmement violents. Particulièrement agressif vis-à-vis de la police et de certaines personnalités politiques, on trouve parmi ses rangs des rappeurs comme Tout simplement noir, Booba ,Alibi Montana, Empathik, Explicit Samouraï, LIM, Ministère A.M.E.R., Alpha 5.20, Sefyu, Tandem, Ol' Kainry, Monsieur R, Assassin, Mafia K'1 Fry, 113, Rohff, NTM, Casey, Seth Gueko, La Conecta, Salif...
Le rap egotrip
Les rappeurs de ce type de rap vise à s'auto-proclamer les premiers du style rap, en haut de la hiérarchie ou remettre certains rappeurs dans le droit chemin. Il crée le coté "clash" du rap français (le fait de s'affronter à coup de paroles percutantes derrière un micro). Les adeptes de ce style sont nombreux car l'egotrip constitue beaucoup dans le rap, il permet d'écrire des rimes libres sans se soucier d'un thème à avoir. L'egotrip sont constitués de punchlines (en français phrases choc), des phrases qui marquent l'esprit. Les rappeurs connus pour leur punchline sont : Sinik, Booba, Lino, Sadik Asken, Ou2s (L'Skadrille), Seth Gueko, Dontcha, Mac Tyer, 75 Clan, Rohff, Dany Dan, Brasco, Ol' Kainry, Farage, Fis.L, Ill, 9.5mm, Monseigneur Mike, Alibi Montana, La Fouine, La Harissa et beaucoup d'autres.